Hommage à Philippe Le Bas (1764-1794) au Panthéon

par | 05,08,22 | Actualité, Philippe Le Bas ( 1764-1794) | 0 commentaires

Hommage aux victimes du 9-10 Thermidor An II (27-28 Juillet 1794)

Cette photographie  est issue du blog : Shivashaktishant, et de son article consacrée à l’hommage-aux-victimes-du-9-10-thermidor-an-ii-27-28-juillet-1794

Elle représente Frédéric Crucifix , tésorier de l’Association les Amis de Philippe Le Bas et de la famille Duplay, prononçant au nom de notre association, son discours d’hommage aux victimes du 9-10 thermidor An II, au sein du Panthéon. Voici, retranscrit ci-dessous ce Discours.

Un sacrifice sublime

Dans le tumulte de cette journée du 9 thermidor an II au sein de la Convention nationale qui se conclue par le décret d’arrestation de Robespierre et de ses compagnons, un député se lève et déclare :
« Je ne veux pas partager l’opprobre de ce décret ; je demande aussi l’arrestation… ».
Il s’agit de Philippe Le Bas, un fidèle ami de l’Incorruptible.
Comme l’écrit Stéfane-Pol dans son ouvrage sur le Conventionnel Le Bas, « ce cri du cœur, ce mouvement d’admirable abnégation laisse la plupart des historiens absolument froids ». Sa demande est accordée avec celle de Robespierre jeune.
Stéfane-Pol poursuit : « Pas un mot d’émotion, en relatant le dévouement de ces deux hommes et la veulerie de l’Assemblée, qui les ajoute au décret sans protestation ! ».
Dans son ouvrage intitulé « Histoire de Robespierre », Ernest Hamel décrit le mieux le sacrifice du Conventionnel Le Bas :
« Mais voici que tout à coup se lève, à son tour, un des plus jeunes membres de l’assemblée, Philippe Le Bas, le doux et héroïque compagnon de Saint-Just.
En vain quelques-uns de ses collègues le retiennent par les pans de son habit et veulent le contraindre à se rasseoir, il résiste à tous leurs efforts, et, d’une voix retentissante : « Je ne veux pas partager l’opprobre de ce décret ; je demande aussi l’arrestation ! »
Tout ce que le monde contient de séductions et de bonheurs réels attachait ce jeune homme à l’existence.
Une femme adorée, un fils de quelques semaines à peine, quoi de plus propre à glisser dans le cœur de l’homme le désir immodéré de vivre ?
S’immoler, n’est-ce pas en même temps immoler pour ainsi dire le cher petit-être dont on est appelé à devenir le guide et l’appui ?
Le Bas n’hésita pas un instant à sacrifier toutes ses affections à ce que sa conscience lui montra comme le devoir et l’honneur même.
Il n’y a point en faveur de Robespierre de plaidoirie plus saisissante que ce sacrifice sublime ».
Mais, avant de poursuivre sur les conséquences tragiques du choix courageux fait par Le Bas le 9 thermidor, nous allons revenir sur sa biographie jusqu’à cette journée fatidique.

 

Sa biographie

Philippe Le Bas est né à Frévent, dans le Pas-de-Calais, le 4 novembre 1764. Il est le fils d’un régisseur devenu maître de poste et notaire seigneurial.
Le Bas effectue ses études au collège Montaigu, établissement parisien qui se trouve proche du Panthéon, et devient avocat en avril 1789.
Après une année dans la capitale, il regagne le Pas-de-Calais et s’installe à Saint-Pol-sur-Ternoise, ville proche de Frévent, comme homme de loi au printemps 1790.
Le 14 juillet de la même année, il est l’un des Gardes nationaux délégués par le département du Pas-de-Calais à la fête de la Fédération à Paris. Il est élu administrateur du district de Saint-Pol en décembre 1791 et membre du Conseil général du département l’année suivante à la suite d’un brillant succès obtenu au barreau d’Arras. Il s’agissait de défendre un vieux maréchal des logis du nom de Nicolas Berceau déféré à la cour martiale d’Arras sous la fausse accusation d’insubordination.
Au printemps et à l’été 1792, Philippe Le Bas est l’un des animateurs les plus actifs des Jacobins locaux. La chute de la Monarchie, le 10 août 1792, entraîne l’élection d’une Convention nationale.

Député du Pas-de-Calais.

Au début de septembre, Philippe Le Bas est désigné comme l’un des députés du département du Pas-de-Calais. Stéfane-Pol revient dans son ouvrage sur les causes qui ont amené à l’élection de Le Bas : « le zèle qu’il déployait dans ses fonctions d’administrateur, le succès qu’il avait obtenu comme avocat, l’amitié fondée sur une profonde estime que lui portait Robespierre, son ancien condisciple, avaient fixé sur lui l’attention publique ».
Parti pour siéger dans la nouvelle assemblée, Le Bas s’installe à Paris, d’où il envoie à son père de nombreuses lettres dans lesquelles il relate les débats
importants de la Convention et justifie sa propre conduite inscrite dans celle de l’Incorruptible. Stéfane-Pol précise ce point dans son ouvrage :
« Convaincu de la pureté des intentions de Robespierre, il embrassa ses principes et y resta fidèle, malgré les dangers qu’il voyait s’accumuler sur sa tête ».
Le Bas et Robespierre luttaient pour la même cause, le salut de la toute jeune République. Le jeune conventionnel guida plus d’une fois Robespierre dans une voie de clémence et de générosité.
Malgré son talent oratoire, il s’exprima peu à la Convention comme aux Jacobins où il s’inscrit.
Alphonse de Lamartine, évoquant la figure de Le Bas, le qualifie de « probe, modeste, silencieux ». François Wartelle, quant à lui, parle de « l’une des plus pures figures parmi les dirigeants de l’an II » dans son article sur le
Conventionnel dans le Dictionnaire Historique de la Révolution française. Enfin, Stéfane-Pol évoque « cet esprit si droit et si honnête ne se prononcera que lorsqu’il aura compris de quel côté est le devoir ».
Le Bas faisait aussi preuve de tolérance. En effet, en quittant ses fonctions d’administrateur du Pas-de-Calais, il détacha des registres de dénonciations de la commune d’Arras plusieurs feuillets
concernant des malheureux accusés de protéger des prêtres insermentés ou d’assister à leurs offices. Ces personnes durent la vie à Le Bas.
Dans le procès de Louis XVI, Philippe Le Bas vota pour la mort, sans appel au peuple ni sursis. Voilà comment Philippe Le Bas relate la mort du roi dans une lettre à son père : « Enfin, mon cher père, le tyran n’est plus ; l’exécution s’est faite ce matin avec le plus grand ordre.
Le peuple, délivré du chef des conspirateurs, a crié après que sa tête a tombé : Vive la Nation ! Vive la République ! » ».
Dans cette période tragique, un évènement heureux survient pour lui : sa rencontre avec Elisabeth Duplay. Laissons cette dernière nous la conter dans ses Mémoires :
« Ce fut le jour où Marat fut porté en triomphe à l’Assembléeque je vis mon bien-aimé Philippe Le Bas pour la première fois ».
Cet évènement intervient fin avril 1793. Véritable « coup de foudre » dès cette première rencontre au point où Elisabeth Duplay en tomba malade.
Philippe Le Bas de son côté se confia aux deux frères Robespierre sur ses sentiments envers la fille cadette des Duplay. Enfin, il se décida à demander aux parents d’Elisabeth sa main, ces derniers acceptèrent après avoir consulté Robespierre. Ce dernier dit tout le bien qu’il pensait de Le Bas. Le mariage eut lieu le 26 août 1793. Dix mois plus tard, Elisabeth Le Bas mettait au monde, le 17 juin 1794, un fils prénommé aussi Philippe sur lequel nous reviendrons.

 

Représentant du peuple en mission

Philippe Le Bas va être envoyé par la Convention nationale dans les départements comme Représentant du peuple en mission.
En effet, rappelons-nous que la France révolutionnaire est en guerre avec les pays européens et doit défendre ses frontières.
Le 2 août 1793, il est envoyé à l’armée du Nord avec un autre conventionnel, Duquesnoy.
En octobre, il part avec Saint-Just pour l’armée du Rhin. Ils vont rester presque trois mois en Alsace, multipliant les initiatives au sein desquelles il est bien difficile de discerner la part de chacun. En effet, l’accord entre les deux hommes est presque toujours parfait et ils mènent une action inlassable et couronnée de victoires. Forts de ce succès, Saint-Just et Le Bas sont de nouveau envoyés en mission à l’armée du Nord en janvier-février et en avril-mai 1794.
Dans le même temps, Philippe Le Bas est élu à plusieurs fonctions : membre du Comité de sûreté générale à partir de septembre 1793 et président du club des Jacobins en avril 1794.
Le 2 juin 1794, il est désigné comme l’un des deux directeurs de l’école de Mars : sorte de prytanée militaire destiné aux fils de sans-culotte âgés de 16 et 17 ans et qui a pour objectif de les former « à la
fraternité, à la discipline, à la frugalité, aux bonnes mœurs, à l’amour de la patrie, à la haine des rois ».
Le Bas reprend en même temps sa place à la Convention soutenant jusqu’au bout Robespierre et Saint-Just.

9 thermidor

Mais revenons à la fin de cette tragique journée du 9 thermidor : Robespierre et ses amis décrétés d’accusation sont transférés dans les différentes prisons de Paris. Le Bas est lui dirigé vers la Conciergerie. Toutefois, avant son incarcération, le Comité de sûreté générale le fait conduire à son domicile pour s’assurer de ses papiers.
Dans le même temps, la Commune de Paris apprenant l’arrestation de Robespierre et de ses amis décide de les délivrer et de lancer un appel à l’insurrection à toutes les sections. Philippe Le Bas sorti de la Conciergerie se dirige vers l’Hôtel-de-Ville pour rejoindre ses amis.
C’est à ce moment-là qu’il voit pour la dernière fois son épouse, Elisabeth, et lui fait ses ultimes recommandations, notamment sur leur fils :
« Nourris-le de ton lait, inspire luil’amour de sa patrie ; dis-lui bien que son père est mort pour elle ; vis pournotre cher fils ;
inspire lui de nobles sentiments, tu en es digne. Adieu, monElisabeth, adieu ».

Dans la nuit du 9 au 10 thermidor, Robespierre refuse de sanctionner de sa signature l’appel à l’insurrection contre la Convention et hésite à adresser une
proclamation aux armées. Pendant ce temps, la Représentation nationale a pris un décret de mise hors la loi et envoie des troupes qui envahissent l’Hôtel
de Ville. Laissons Stéfane-Pol nous conter dans son ouvrage les derniers instants de Le Bas : « Le gendarme Merda s’approchait traîtreusement de
Robespierre et lui fracassait la mâchoire d’un coup de feu ; Le Bas, croyant blessé à mort celui qui personnifiait, pour lui, la liberté et la République,
s’empara d’un pistolet et se fit sauter la cervelle : il échappait ainsi aux insultes des « aboyeurs de guillotine ». Son corps fut levé à sept-heures du matin et
porté immédiatement au cimetière de Saint-Paul, section de l’Arsenal ». Apprenant la mort de son mari, Elisabeth Le Bas est anéantie.
Toutefois, elle est tirée de son chagrin lorsque des agents de police viennent l’arrêter le 13thermidor.
Elle est incarcérée avec son fils d’à peine six semaines à la prisonde Talarue, rue Richelieu. C’est un ancien hôtel particulier transformé en
prison. Elisabeth Le Bas est détenue dans des conditions très difficiles, dans un grenier sans fenêtre où il était difficile de respirer et où montaient des
odeurs infectes des écuries. Elle fait preuve de courage et décide de continuer à vivre pour son fils comme elle l’avait promis à son cher Philippe.
C’est de cejour que date sa fidélité indéfectible à la mémoire de son défunt mari.
Elisabeth Le Bas trouve de la consolation auprès de sa sœur, Eléonore, qui est incarcérée aussi à Talarue. Les autres membres de la famille Duplay sont
aussi frappés par des décisions d’emprisonnement prises par les thermidoriens.
Après quelques mois de détention, Elisabeth Le Bas est libérée. Elle se trouve alors sans argent, sans amis. Sa famille est alors encore en prison. Elle gagna
pendant quelques mois son existence et celle du petit Philippe en lavant le linge dans les bateaux qui servent de lavoirs sur la Seine. Comme le dit
Lenotre, « elle savait maintenant que [Philippe] s’était conduit en héros ».
Agée, elle écrira dans ses Mémoires : « Il a su mourir pour la Patrie ; il ne devait mourir qu’avec les martyres de la liberté !
Il me laissa mère et veuve à vingt et un ans et demi. Je bénis le ciel de me l’avoir ôté ce jour-là ; il ne m’enest que plus cher ».
Elle ajoute : « J’aime la liberté ; le sang qui coule dans mes veines, à soixante-dix-ans, est un sang de républicaine ».
Obstinée,Elisabeth Le Bas refuse de quitter le nom glorieux de son mari. C’est pour cette raison qu’elle consent à s’unir, en 1799, à un des frères de son mari,Charles Le Bas,
futur commissaire général à Lorient qui décèdera en 1830. Decette union naîtra deux enfants.

 

 Philippe Le Bas, le fils

Elisabeth Le Bas va élever son fils, Philippe, dans le culte des idées républicaines et dans le souvenir de son mari. Elle s’était jurée que son enfant
« deviendrait quelqu’un ». En 1806, elle l’inscrit au collège de Juilly, établissement proche de Paris, où il restera pendant quatre ans. En 1810, à la sortie du collège, Philippe Le Bas fils s’engage dans la marine, puis entra dans la garde impériale où il participa aux campagnes de 1813 et 1814. Après 1815, il obtient un emploi à la préfecture de la Seine. En 1820, il est sollicité pour devenir le précepteur de Louis-Napoléon Bonaparte, le futur Napoléon III.
A son retour, en 1827, déjà âgé de 33 ans, et sans aucun diplôme, il reprend ses études, ce qui lui permet d’obtenir dans un temps record les diplômes jusqu’à être agrégé de lettres. Sa carrière universitaire sera ensuite brillante
car il occupera les postes de maître de conférences à l’Ecole normale supérieure et conservateur-administrateur de la Bibliothèque de la Sorbonne.
Il publiera de nombreux ouvrages très érudits, notamment sur l’hellénisme et l’épigraphie.
Il est élu, dès 1838, à l’Académie des inscriptions et belles lettres et deviendra même, en 1859, Président de l’Institut de France.
Au moment dela révolution de 1848, Philippe Le Bas fils souhaite entrer en politique mais échoue à se faire élire député dans le département de naissance de son père,
et dans le département de la Seine. Il s’oppose à son ancien élève, Louis Napoléon Bonaparte, dès sa candidature à l’élection présidentielle de décembre 1848.
Il déplore ensuite son coup d’Etat restaurant l’Empire. Ainsi, l’accession au pouvoir de son ancien élève, devenu Napoléon III, et sapratique autoritaire du pouvoir le heurteront, lui, le « Républicain de naissance », terme repris en sous-titre par Florent Hericher dans sa biographie du fils du Conventionnel publiée récemment.
Philippe Le Bas fils restera toute sa vie très attachée à sa mère. Il ne lui survivra que d’une année. Ils partageront le même appartement après qu’Elisabeth Le Bas soit de nouveau veuve après 1830.
Par sa filiation, Philippe Le Bas fils s’intéressera à la Révolution française. Il possédait, notamment, dans sa bibliothèque de nombreux ouvrages sur cette époque et relatera cette période dans deux de ces ouvrages.
Il défendra inlassablement la mémoire de son père, de Robespierre et de ses amis. Il n’hésitera pas avec sa mère à intervenir auprès d’historiens, comme Lamartine, pour corriger des faits inexacts sur la période révolutionnaire.
Il est raisonnable de penser que Philippe Le Bas fils aurait écrit un ouvrage sur son père au moment de sa retraite.
Il était très fier de lui et n’hésitait pas à se présenter de cette façon :
« Monsieur Philippe Le Bas, fils du Conventionnel ». Il avait encouragé sa mère à écrire ses Mémoires sur la période 1793-1794.
Elles ne seront publiées qu’en 1901 par Stéfane-Pol dans son ouvrage, « Autour de
Robespierre : le conventionnel Le Bas, d’après des documents inédits et lesmémoires de sa veuve ».
Elisabeth Le Bas s’éteindra en 1859 et son fils en 1860. Ils reposent tous les deux dans une sépulture commune au Père Lachaise, acquise par Elisabeth en 1830 pour l’inhumation de son second époux, Charles Le Bas. (81CC de 1830 34 ème division).

 

Tombe Lebas du Nord
Plaque de sépulture Lebas du Nord

L’Association des Amis de Philippe Le Bas et de la Famille Duplay

L’Association des Amis de Philippe Le Bas et de la Famille Duplay que je représente aujourd’hui a été créée en 2021 par Florent Hericher à la suite de son travail universitaire sur Philippe Le Bas fils. Elle s’est donnée comme objet, notamment, de conserver et d’entretenir les tombes des familles Duplay et Le Bas au Père Lachaise mais surtout d’œuvrer à l’élévation d’un monument à la mémoire de Philippe Le Bas dans sa commune de naissance, Frévent, dans le Pas-de-Calais. Un tel projet fut initié en 1911-1912 par Paul Coutant et Emile Lesueur et fut soutenu à l’époque par de nombreuses personnalités locales et nationales mais échoua à la suite d’une campagne calomnieuse envers le Conventionnel.
Nous reprenons aujourd’hui le flambeau et chacune et chacun peut nous rejoindre dans ce beau projet.

Je vous remercie pour votre attention.

Le discours de Frédéric Crucifix au Panthéon

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.